Cyprien de Carthage: Dieu pour Père et l’Église pour mère

 

Le Nouveau Testament parle de la communauté chrétienne comme du « corps du Christ », comme d’une « fraternité » ; il en souligne la dimension de communion. L’Église est toujours la réunion de ceux qui sont « un » en Christ : cette appartenance crée une communion réelle entre personnes différentes. L’Église ne s’établit pas tant autour d’un édifice de pierre ; elle est construite par ces pierres vivantes que sont les croyants eux-mêmes, comme l’écrit l’apôtre Pierre (voir 1P 2,4-5). Saint Cyprien utilise une autre image pour décrire cette même réalité ; il parle de la tunique du Christ : « Ce mystère de l’unité de l’Église, ce lien d’une concorde à la cohésion infrangible, se trouve manifesté lorsque dans l’Évangile la tunique du Seigneur Jésus Christ n’est pas le moins du monde partagée ni déchirée (voir Jn 19,23-24). Le Christ portait sur lui l’unité qui vient d’en haut, c’est-à-dire du ciel et du Père, absolument indéchirable pour qui la recevait en possession. On ne peut posséder l’habit du Christ si l’on déchire et divise son Église. »

Pourtant il faut le reconnaître : aujourd’hui, l’Église est souvent malaimée, et nombreux sont les chrétiens qui voudraient vivre sans Église. Dans la culture dominante, caractérisée par l’allergie envers toute forme d’institution, on la ressent comme étrangère, parfois même comme un obstacle à l’Évangile. Or l’Église est essentielle à la vie du chrétien : le christianisme ne peut se réduire à un mouvement, ni à une simple référence éthique et spirituelle à Jésus de Nazareth. Les chrétiens ne peuvent pas rester longtemps des « croyants nomades » ou des « pèlerins », qui participent par intermittence à de grandes rencontres ou fréquentent des « hauts lieux » sans aboutir à une vie ecclésiale.

Il est donc important de redécouvrir l’Église comme lieu ordinaire de vie chrétienne et spirituelle. Si elle se structure en communauté fraternelle et ouverte, on pourra y vivre la grâce et y apprendre la gratitude. C’est ce dont témoigne Cyprien de Carthage qui, au moment de mourir martyr à cause de son engagement même dans l’Église, a pu prononcer ces dernières paroles : « Deo gratias », « Grâces soient rendues à Dieu » !

Ton ami Enzo

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