Abba Antoine disait: "L'Écriture contient ce qu'il te faut"

PANORAMA, décembre 2008
par ENZO BIANCHI
C'est l'obéissance constante à l'Écriture qui permit à abba Antoine de grandir intérieurement et d'exercer une authentique paternité

PANORAMA, décembre 2008
par ENZO BIANCHI, prieur de Bose

Cher Jean,
Parmi les pères du désert d'Égypte dont je te fais entendre ces temps les paroles, il en est un que l'on considère comme le tout premier, le « père des moines »: c'est abba Antoine. On le nomme parfois Antoine le Grand. Il semble qu'il vécut plus de cent ans, de 250 à 356 après Jésus-Christ.

À l'origine de la vocation d'Antoine, il y a la Parole de Dieu. Vers l'âge de dix-huit ou vingt ans, il entendit lire à l'église les mots de Jésus au jeune-homme riche dans l'Évangile: « Si tu veux être parfait, va, vends ce que tu possèdes et donne-le aux pauvres, et tu auras un trésor dans les cieux; puis viens et suis-moi! » (Mt 19,21). Antoine sentit que cet appel lui était irrésistiblement adressé, et il désira uniquement obéir à cette parole. Il décida alors de se mettre radicalement à la suite de Jésus, d'abandonner tous ses bien pour se retirer dans le désert. Au cours de sa longue vie, par fidélité aux Écritures, il suivit continuellement ce même itinéraire, et s'enfonça toujours plus profondément dans la solitude, tout en permettant à certains moines plus jeunes de se mettre à son école. Il cherchait avec une insistance tenace la face de Dieu. Il ne possédait rien, mais comme il le dit lui-même, il avait « la liberté et les saintes Écritures ».
Antoine était devenu un amant de la Parole de Dieu. À tel point que son biographe écrit: « Il était si attentif à la lecture qu'il ne laissait rient tomber à terre des paroles des Écritures, mais les retenait toutes; et la mémoire lui tenait lieu de livres. » Pour lui aucune miette de la Parole ne pouvait être laissée de côté ou tomber à terre, pas même un iota, et c'est par livres entiers qu'il gardait la Bible dans sa mémoire…

Oui, voilà le secret de la vie chrétienne: posséder les Écritures, les écouter jour après jour, et chercher à les mettre concrètement en pratique. Car l'Écriture est la seule règle de vie du croyant, et celui-ci est appelé à se laisser modeler constamment par cette Parole. Elle interpelle toujours le chrétien ici et maintenant; elle s'adresse personnellement à celui qui la lit avec un cœur docile.


Mais si les pères du désert cherchent à vivre de la Parole de Dieu, ils savent toutefois que cette Parole s'incarne. Il ne suffit pas de la lire dans un livre, il faut aussi la « lire » dans la vie de ceux dont elle modèle l'existence. Ainsi, des disciples demandèrent un jour à Antoine: « Donne-nous une parole qui nous dise comment être sauvés ». L'ancien leur répondit: « Écoutez-vous l'Écriture? Elle contient tout ce qu'il vous faut » Or les visiteurs répliquèrent: « Mais c'est de toi aussi, père, que nous voulons l'entendre! » Car c'est auprès d'un homme de Dieu, qui s'est laissé régénérer par la Parole, que les disciples apprennent à devenir familiers des Écritures et à y conformer leur vie.

En effet, cette obéissance constante à l'Écriture permit à abba Antoine de grandir intérieurement et d'exercer une authentique paternité (souviens-toi que le mot abba veut dire père!). Il devint ainsi père spirituel non seulement pour ses disciples, mais aussi pour tous ceux qui venaient le trouver, voire encore pour tous les chrétiens d'Égypte. Au point qu'à la mort d'Antoine, ceux-ci se sentirent proprement orphelins. Athanase, l'évêque d'Alexandrie, écrivait: « Vraiment, quand abba Antoine se fut endormi, tous, comme des orphelins privés de père, se consolaient uniquement par son souvenir, en gardant ses admonitions et ses exhortations. » Car les conseils que prodiguait Antoine le Grand, tout imprégnés de l'Écriture, étaient devenus à leur tour des paroles de vie.

Voilà pourquoi il est profitable, pour toi aussi, de visiter les anciens pères du désert (en lisant leurs paroles), afin qu'ils t'offrent une parole, fruit de leur discernement, de leur profonde connaissance de l'homme, et surtout de leur constante écoute de Dieu.

Amicalement,
ton ami Enzo.