Jean Chrysostome: «Les richesses rendent pauvre»

 

En effet, parler de pauvreté n’a de sens que si l’on n’isole pas ce sujet, mais qu’on le met en relation avec le centre de la vie et de la prédication de Jésus : l’annonce de l’irruption du Royaume de Dieu. Or ce Royaume appartient aux pauvres (voir Lc 6,20) ; le primat accordé à sa venue conduit donc à relativiser drastiquement les richesses. Si celles-ci ne sont peut-être pas mauvaises en soi, reconnaît Jean Chrysostome, celui qui les possède ne devient toutefois bon que s’il les partage avec ceux qui en ont besoin : car « n’est-ce pas un mal que de posséder pour soi seul les biens du Seigneur » ?

Oui, pour Jean Chrysostome, ce n’est que si les biens sont partagés entre tous et en particulier avec les plus pauvres qu’ils peuvent devenir bons. La pauvreté ne consiste donc pas dans le « misérabilisme », mais dans une distribution des richesses « selon les besoins de chacun » (voir Ac 2,45). Faute de quoi, avertit le patriarche de Constantinople, paradoxalement, « celui qui possède des richesses devient plus pauvre, car il se trouve dominé par le désir d’avoir toujours davantage et sent le besoin de posséder toujours plus ».

Or la soif de posséder conduit à la rivalité, à l’hostilité entre personnes. Ces querelles, note Jean Chysostome, sont « comme une réaction de la nature qui s’indignerait de ce que, quand Dieu nous rassemble de toute part, nous nous déchirons par notre besoin d’appropriation ». Le Seigneur en revanche donne l’exemple inverse : « Christ, de riche qu’il était, s’est fait pauvre pour nous, afin de nous enrichir par sa pauvreté » (voir 2Co 8,9). Jean Chrysostome prêche en ce sens en faveur d’un « sacrement du frère », qui permet de vivre la communion des biens : « Si un pauvre a besoin de ta miséricorde, qu’il soit païen ou juif, il n’y a pas à hésiter : ce frère a droit à ton secours… »

Ton ami Enzo

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