Jean Cassien: «La pureté de cœur t’apprendra à prier»


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PANORAMA, juin 2011
La pureté de cœur, ce n’est jamais nous qui l’acquérons par nos propres efforts ascétiques; c’est au contraire toujours un don qui vient de Dieu

Article d'Enzo Bianchi, prieur de Bose
PANORAMA, juin 2011

Cher Jean,

Le monachisme chrétien, tu le sais, est né en Orient aux premiers siècles : auprès des Pères du désert égyptien d’abord, puis dans certaines régions comme la Palestine ou la Cappadoce. Ce n’est que plus tard qu’il est parvenu jusque dans les terres où nous vivons nous-mêmes. Un des personnages qui transmit la vie monastique primitive – celle du désert d’Égypte en particulier – à l’Occident avait pour nom Jean Cassien (360-435).

Apès avoir reçu une éducation classique, Cassien entreprit un voyage en Orient, dans le but de connaître la vie des moines dans ces régions : il séjourna à Bethléem et parcourut par deux fois le désert égyptien, y demeurant plusieurs longues années et acquérant une riche expérience du monachisme. De retour en Europe, il s’établit à Marseille au début du Ve siècle : là il fonda le monastère Saint-Victor, en y implantant le mode de vie spirituelle qu’il avait appris à pratiquer en Orient.

Les ouvrages de spiritualité monastique de Jean Cassien – auxquels saint Benoît renvoie dans sa Règle – restituent essentiellement les souvenirs et les entretiens sur la vie monastique qu’il eut avec les pères du désert d’Égypte. Ce qu’il y rapporte en particulier, c’est l’invitation faite au croyant à établir en lui la « pureté de cœur », qui doit être, selon Cassien, « le terme unique de nos actions et de nos désirs ».

Mais, me diras-tu, qu’est-ce que la pureté de cœur, à laquelle Cassien engage le moine – et chaque chrétien – à s’exercer par la méditation des Écritures, par la prière des Psaumes et par le renoncement à tous les vices ? Ne l’entends pas seulement dans un sens moral ! Bibliquement, le cœur constitue le centre de la personne, où se rencontrent la raison, le sentiment et la volonté. C’est de ce qui habite notre cœur, de ce que ce dernier décide ou désire, et non seulement d’attitudes extérieures, toujours passible d’hypocrisie, que dépendent notre pureté ou notre impureté devant Dieu, qui nous voit en vérité. Dans le cœur de l’homme réside la Parole de Dieu (elle est « dans ta bouche et dans ton cœur » : Dt 30,14), mais il s’y trouve aussi l’instinct au mal, « tapi à la porte de ton cœur » (voir Gn 4,7) : à nous alors de choisir si nous voulons un « cœur qui écoute » (1R 3,9) et accueille la Parole ou un cœur insensible, incrédule, défini par ce que la Bible appelle la « dureté de cœur » (voir Mt 19,8). Oui, c’est dans notre cœur que se décide si nous vivons en communion avec Dieu ou si nous sommes aliénés par des réalités malfaisantes. Il est donc normal, pour Cassien, qu’en vue de la pureté nous voulions « garder notre cœur invulnérable à toutes passions mauvaises et monter, comme par degrés, jusqu’à la perfection de la charité ».

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