Quel dialogue instaurer aux portes de l’Église?


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Il est urgent que les chrétiens sachent penser, dans leur rapport avec Dieu, dans leur prière, dans leur adoration, également aux autres hommes, qui n’ont pas à rester «dehors»

Article d'Enzo Bianchi, prieur de Bose
PANORAMA, janvier 2012 

Notre société est toujours davantage pluraliste par la religion, la morale, les mœurs : le christianisme doit y vivre et s’y situer sans logique d’inimitié et sans créer d’adversaire. Les chrétiens ont au contraire à chercher le dialogue avec ceux qui ne peuvent pas croire, en prédisposant des lieux et des temps pour cet échange, à la manière d’Israël, qui disposait pour cette pratique du « parvis du Temple ».

Le Temple de Jérusalem était le lieu où Dieu avait établi sa présence. Voilà pourquoi le peuple d’Israël y montait pour « rencontrer Dieu », pour « voir sa face », pour l’adorer et écouter sa voix. Autour de la pièce cubique dénommée « Saint des saints » (lieu de la présence de Dieu, fermé par un rideau), se trouvait un lieu où les prêtres accomplissaient les sacrifices, puis un espace destiné aux croyants d’Israël. Mais dans cette même enceinte du Temple il y avait aussi un espace plus éloigné, ouvert aux « autres », les non juifs, qui ne croyaient pas dans le Dieu unique d’Abraham, Isaac et Jacob : un lieu pour les autres, tout comme il y avait au centre cet espace pour le Dieu-Autre !

Un espace pour « les autres »

Oui, un espace dans le temple du Dieu vivant était réservé aux « autres », aux non-juifs, aux lointains… Car le Dieu d’Israël est un Dieu qui désire rencontrer tous les hommes et qui, pour cela, leur apprête un endroit où s’approcher de Lui. Jésus lui-même a vigoureusement défendu la destination universelle de cet espace, en en chassant les « marchands du temple », pour faire de ce lieu une «  maison de prière pour tous les peuples » (Mc 11,17).

Le pape Benoît XVI, par une heureuse intuition, a repris cette image du parvis des païens lorsqu’il a affirmé en 2009 : « Je pense que l’Église devrait aujourd’hui aussi ouvrir une sorte de “parvis des Gentils”, où les hommes puissent d’une certaine manière s’accrocher à Dieu, sans le connaître et avant d’avoir trouvé l’accès à son mystère… Au dialogue avec les religions doit aujourd’hui surtout s’ajouter le dialogue avec ceux pour qui la religion est une chose étrangère, pour qui Dieu est inconnu et qui, cependant, ne voudraient pas rester simplement sans Dieu, mais l’approcher au moins comme Inconnu. » Ce souhait a connu une première réalisation en mars dernier à Paris, lors d’une grande rencontre entre croyants et non croyants.

C’est vrai, la majeure partie des hommes parmi lesquels les chrétiens vivent aujourd’hui sont indifférents, agnostiques, voire athées : ils ne sont pas même religieux, comme les Athéniens qui faisaient l’hypothèse d’un Dieu inconnu (voir Ac 17,23). Il est alors urgent que les chrétiens sachent penser, dans leur rapport avec Dieu, dans leur prière, dans leur adoration, également aux autres hommes, qui n’ont pas à rester « dehors ». Cela signifie notamment leur apprêter un espace, leur offrir la possibilité d’une écoute, d’un échange, d’une rencontre, qui puisse les rapprocher du Dieu invisible : Dieu, en effet, « veut que tous les hommes soient sauvés » (1Tm 2,4).

Rencontrer Dieu, rencontrer l’homme

Tous les humains, même de manière confuse, désirent le salut, et c’est la raison pour laquelle nous devrions être attentifs, en tant que chrétiens, à ne pas leur interdire le chemin, mais au contraire à le leur ouvrir, sans calculs et sans raccourcis… Celui qui dialogue avec Dieu (dans le Saint des saints) doit également savoir tisser des liens authentiques avec les hommes, ses frères, même s’ils ne sont pas croyants (dans le parvis des gentils).

Ce contact avec les non croyants n’est pas seulement un service à leur égard, c’est aussi un don que nous recevons de leur part, pour purifier notre foi. L’Église n’est Église que lorsqu’elle existe pour les autres, et elle doit tout apprêter à cette fin, afin que se produise la rencontre entre son Seigneur – au service duquel elle se tient – et tous les humains.

Cette rubrique, dans les mois qui viennent, voudrait se mettre au service de cette indispensable recherche de dialogue.

Enzo Bianchi