Je crois...


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La foi apparaît comme une nécessité humaine. On peut dire que, sans foi, il ne peut y avoir de vie humaine authentique ni d’humanisation.

Article d'Enzo Bianchi

Panorama, décembre 2012

"Commentaire du Credo"

Que signifie dire « je crois », comme nous le faisons chaque fois que nous récitons le Credo, la « profession de foi » ? Qu’est-ce que croire ? Disons aussitôt que la foi – comme l’a toujours affirmé le catéchisme – est un don qui vient de Dieu. L’apôtre Paul écrit : « La foi n’est pas de tous » (2Th 3,2) ; elle n’habite qu’en ceux à qui Dieu l’a donnée.

Mais la foi, précisément parce qu’elle doit être accueillie par l’homme, parce que c’est à l’homme de croire, est également un acte humain, un acte de la liberté de l’homme qui répond au Dieu qui parle : « Ce n’est pas Dieu, mais c’est l’homme qui croit », a affirmé Karl Barth avec justesse. Ainsi la foi est un choix de l’homme qui implique tout son être personnel, en se manifestant comme un acte très humain et vital, tendu vers la vie ; croire, c’est entrer dans une relation, dans un rapport vivant avec un autre. La foi, c’est dire : « Amen, c’est ainsi ; j’adhère, je fais confiance, je me fie à quelqu’un ». Quand on parle de foi, il faut veiller à ne pas penser immédiatement au fait de croire en des vérités, en des dogmes ; non, nous devons penser la foi comme cet acte, dont les saintes Écritures témoignent, qui consiste à mettre son pied en un lieu stable (voir Ps 20,8-9), à faire confiance comme un petit enfant auprès de sa mère (voir Is 66,12-13), en sûreté dans ses bras (voir Ps 131,2).

La foi apparaît dès lors comme une nécessité humaine. On peut dire que, sans foi, il ne peut y avoir de vie humaine authentique ni d’humanisation. Comment serait-il en effet possible de vivre sans faire confiance à quelqu’un ? En tant qu’humains, à la différence des animaux, nous sortons inachevés du ventre de notre mère, et pour venir au monde et grandir comme personnes, nous avons besoin de quelqu’un en qui mettre notre foi-confiance. Est-il possible de grandir sans faire confiance à quelqu’un, en commençant par ses parents ? Est-il possible de se lancer dans une histoire d’amour sans avoir foi en l’autre ? Durant toute notre vie humaine il nous faut avoir la foi, faire confiance, croire en quelqu’un. Bref, on ne peut être homme sans croire, parce que croire est la manière de vivre la relation avec les autres ; et aucun chemin d’humanisation n’est possible sans les autres, parce que vivre est toujours vivre avec et à travers l’autre.

Dans notre contexte qualifié de crise de la foi – qui commence avant tout par la crise de l’acte humain de croire en l’autre, si généralisé de nos jours – une question aux multiples facettes me semble surgir : Qui donc est croyant ? Et quand devient-on vraiment croyant ? Tous ceux qui se déclarent athées sont-ils vraiment non-croyants ? Et tous ceux qui disent qu’ils croient en Dieu ou vantent avec orgueil leur appartenance chrétienne sont-ils vraiment croyants ?

Enzo Bianchi