Un seul Dieu, le Père tout-puissant

Dieu est distinct, séparé de ses créatures, d’une différence qualitative qui fait de lui l’Autre. Mais ce n’est pas pour autant qu’il se désintéresse de ses créatures

Article d'Enzo Bianchi

Panorama, janvier 2013

"Commentaire au Credo"

« Je crois en un seul Dieu,
le Père tout-puissant,
créateur du ciel et de la terre,
de l’univers visible et invisible. »

Croire, c’est mettre notre confiance dans un autre, c’est entrer dans un rapport vivant avec celui en qui on se confie. Lorsque nous professons notre foi, nous affirmons avant toute chose en qui nous croyons : nous nous fions en « un seul Dieu, le Père tout-puissant, créateur du ciel et de la terre ». C’est donc avec lui que le croyant désire en premier lieu entretenir une relation forte et confiante.

Par ces mots, nous affirmons que Dieu est celui dont nous venons : il est « le Père », c’est lui qui nous a créés, il est donc notre origine. Mais il l’est également pour l’ensemble de l’univers, dont il est aussi le Père. En prononçant la profession de foi, nous nous situons donc d’abord en face de Dieu, dont nous nous confessons les enfants, mais aussi par rapport aux autres créatures, avec qui nous entretenons des relations de fraternité.

Dieu en effet, est le Père, le Créateur de tout ce qui existe, c’est ce qu’indique l’expression « le ciel et la terre » du Credo. Dans le récit de la Genèse, nous lisons que Dieu a créé la lumière et les ténèbres, le firmament et la terre, la mer et le continent, la vie de toutes les créatures et, en dernier lieu, l’homme. Et « Dieu vit tout ce qu’il avait fait : c’était très bon » (Gn 1,31). Or Dieu ne fait pas partie de la communauté de ses créatures, il les dépasse, il les transcende. La création en effet est incapable de contenir Dieu, qui est toujours plus grand, car il est « celui qui habite les cieux », comme le disent les Psaumes.

Dieu est donc distinct, séparé de ses créatures, d’une différence qualitative qui fait de lui l’Autre, celui qui est « trois fois saint » (Is 6,3). Mais ce n’est pas pour autant qu’il se désintéresse de ses créatures : au contraire, Dieu se rend présent à elles et les soutient tout au long de l’histoire, de mille manières. Sa toute-puissance, que nous confessons dans le Credo, est donc bien la toute-puissance de l’amour : c’est parce que Dieu peut tout aimer – même ce qui n’est pas aimable et qui s’oppose à lui– qu’il est tout-puissant.

C’est en ce sens aussi que nous pouvons comprendre le nom de Père que la profession de foi attribue à Dieu : la sollicitude que Dieu a pour nous et pour toutes ses créature est celle d’un père pour ses enfants. Dieu est certes le Saint, le Créateur, le Seigneur, mais il peut être invoqué aussi comme Père – Abba, dira Jésus en araméen, c’est-à-dire « papa, père bien-aimé ».

Ce Père invisible pour les yeux, mais que nous confessons, qui a créé non seulement les choses que nous voyons mais aussi tout ce qui nous est invisible, nous appelle alors à témoigner de lui, dans notre vie, de manière bien visible. Oui, comme créatures responsables, nous sommes qualifiés à être les témoins visibles de la seigneurie invisible de notre Père qui est aux cieux.