Il ressuscita le troisième jour


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Le cœur de la foi que les chrétiens sont appelés à vivre à la suite de leur Seigneur est celui-ci : croire l’incroyable, , aimer le non-aimable, espérer contre toute espérance

Article d'Enzo Bianchi

Panorama, juin 2013

"Commentaire au Credo"

« Il ressuscita le troisième jour, conformément aux Écritures,
et il monta au ciel ;
il est assis à la droite du Père. »

Après avoir confessé la mort de Jésus en croix, le Credo en vient à proclamer la foi en la résurrection du Crist. Pour les chrétiens, c’est sur cet article que repose essentiellement et radicalement la foi : si nous n’y croyons pas, affirme l’apôtre Paul, « notre foi est vaine » et « nous sommes les plus à plaindre de tous les hommes » (voir 1Co 15,17-19). Mais c’est paradoxalement aussi le point de doctrine le plus difficile à croire et à vivre… Oui, en affirmant que la mort n’a plus le dernier mot, la foi en la résurrection appelle à croire l’incroyable. Et cela n’a rien d’évident !

En effet, comment croire que le cadavre de Jésus ait pu revenir à la vie et que cela nous assure également un avenir au-delà de notre propre mort ? Pour les croyants, la mort violente du Messie était déjà scandaleuse ; or la résurrection du Seigneur l’est plus encore… Croire en la résurrection implique de croire réellement à la mort, de prendre au sérieux la dimension concrète du cadavre de Jésus déposé dans la tombe, et d’assumer également la mort de chaque personne ainsi que notre propre mort, en sachant qu’elle ne représente pas l’acte dernier de la trajectoire humaine, mais qu’elle constitue au contraire un passage, douloureux mais obligé.

Or la mort est une dominante qui pèse sur tous les hommes, une véritable puissance efficace : non seulement parce qu’elle inspire la peur et l’angoisse, contredisant la vie des hommes, mais aussi parce que, à cause d’elle, les humains deviennent mauvais et pèchent. La mort apparaît ainsi active et présente non seulement au moment où la vie physique du corps humain prend fin, mais elle réalise ses incursions dans la sphère de l’existence déjà.

Voilà la mort contre laquelle Jésus a lutté jusqu’à remporter la victoire. La résurrection de Jésus est alors le sceau apposé par le Père sur la lutte du Fils : celui-ci a su en tant qu’homme vivre l’amour jusqu’à la fin, jusqu’à l’extrême ; il a ainsi montré que s’il avait une raison pour mourir (donner sa vie pour les autres), il existe aussi une raison pour vivre (aimer, demeurer dans la communion). C’est pourquoi le Père l’a rappelé des morts, faisant de lui le Seigneur pour toujours. Jésus a été ressuscité par Dieu parce que rien, pas même l’océan du mal et de la mort, ne peut éteindre l’amour vécu.

Si la résurrection est donc un paradoxe, d’autres paradoxes précisément peuvent en faire le récit, comme cet amour fou qui parvient à embrasser même les ennemis. Le cœur de la foi que les chrétiens sont appelés à vivre à la suite de leur Seigneur est donc bien celui-ci : croire l’incroyable, aimer le non-aimable, espérer contre toute espérance. Oui, la foi, l’espérance et l’amour sont possibles en toute situation, même dans les pires souffrances, si l’on croit à la résurrection. Voilà la lumière qu’allume la résurrection du Christ dans le cœur de tout chrétien et de toute personne humaine.

Enzo Bianchi