J’attends la résurrection des morts, et la vie du monde à venir


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Article d'Enzo Bianchi
Panorama, décembre 2013
L’espérance du monde à venir, où les hommes seront finalement rassasiés du bonheur promis, fonde alors aussi l’effort des chrétiens pour un monde meilleur

Article d'Enzo Bianchi
Panorama, décembre 2013
Commentaire au Credo 

Les derniers mots du Credo, après avoir affirmé la foi en Dieu et dans réalité de l’Église, s’ouvrent sur une grande vision : celle des réalités à venir, la résurrection des morts et le monde futur, objets de la vive espérance des chrétiens.

Oui, les chrétiens espèrent qu’après leur mort ils recevront la grâce même que le Père a accordée à Jésus, celle de ressusciter auprès de lui pour une vie sans fin. D’ailleurs, dans l’Évangile de Jean, Jésus lui-même le promet à trois reprises à toute personne qui croira en lui : « Je le ressusciterai au dernier jour » (Jn 6,40.44.54).

Mais davantage que reposer sur une promesse qui ne nous concerne qu’individuellement, l’espérance qui anime les chrétiens implique la création toute entière : c’est un monde entièrement renouvelé qu’attendent ceux qui croient. Dans l’avant-dernière page de la Bible, le visionnaire de l’Apocalypse entrevoit déjà cette réalité : « Puis je vis un ciel nouveau, une terre nouvelle – car le premier ciel et la première terre ont disparu » (Ap 21,2). Là, Dieu aura sa demeure avec les hommes. Il manifestera en plénitude qu’il est radicalement pour les hommes, en faveur de leur bonheur. C’est ce qu’affirme la voix qui se fait entendre dans cette vision : Dieu « essuiera toute larme de leurs yeux : de mort, il n’y en aura plus ; de pleur, de cri et de peine, il n’y en aura plus, car l’ancien monde s’en est allé » (Ap 21,4).

Promettre un tel bonheur pour la fin des temps, n’est-ce pas une sorte de manipulation religieuse ? N’est-ce pas endormir les consciences pour faire faire perdurer les situations souvent douloureuses, ou du moins laborieuses, du présent ? Au contraire, c’est une contestation des pouvoirs dominateurs actuels : il nous est ainsi fait savoir que l’ultime parole sur ce monde n’appartient pas à ceux qui semblent aujourd’hui sur le devant de la scène, ni aux forces d’aliénation qui oppriment les hommes, mais à ce Dieu qui se fait le protecteur de ceux et celles qui se confient en lui.

Notre fragilité humaine et les situations de maladie voire de mort qui nous affligent ne sont donc pas une malédiction à laquelle nous résigner, mais elles bénéficient de la bienveillance de Dieu lui-même, qui veut nous en dégager !

L’espérance du monde à venir, où les hommes seront finalement rassasiés du bonheur promis, fonde alors aussi l’effort des chrétiens pour un monde meilleur, ici déjà. Cette espérance ne nous permet pas de nous évader de ce monde vers un au-delà de l’histoire : elle conduit bien plutôt à l’engagement. Entendons cet appel d’un chrétien d’Orient du VIIe siècle : « Que l’espérance ne te séduise pas au point de te faire négliger la pratique, parce que de ta vie, tu ne possède que l’heure présente ! »

L’espérance nourrira ainsi notre aujourd’hui ; elle colorera nos jours de joie ; elle nous conduira à partager avec d’autres, à chercher le dialogue et la communion, espérant ainsi avec tous et pour tous, car l’espérance de Dieu concerne tous les hommes, sans exception.

Enzo Bianchi