Communiqué de presse final

 

Les travaux du colloque

Dans son message d'ouverture Enzo Bianchi , prieur de Bose, a expliqué le sens du thème du colloque, qui amène è méditer « sur le signe que le passage du temps laisse dans notre corps, dans notre esprit, dans notre cœur, mais aussi dans notre vie spirituelle ». Le livre de Paul Evdokimov, Les âges de la vie spirituelle (Paris 1964) a inspiré le choix du thème. Les pages du fameux théologien orthodoxe russe révèlent le visage d’une sainteté capable d’entrer en contact avec Dieu et avec l’humanité, « dépositaire de la philanthropie divine » (Grégoire de Nazianze. Cet « amour divin pour l’homme » fait du christianisme la manifestation de Dieu qui est amour : la vie spirituelle chrétienne, en tant que « vie en Dieu », est guérison de la capacité humaine d’aimer, comme l’a montré la conférence d’ouverture de l’évêque Iosif de Patara , consacrée à la « Vie spirituelle et l’unité des chrétiens ».

La première partie du colloque a interrogé l’Écriture et la tradition des Pères de l’Église d’Orient et d’Occident.
Michail Želtov, professeur à l’Académie théologique de Moscou, a proposé une réflexion sur le baptême comme source de la vie en Christ, sacrement qui, réalisant la mort au péché et la nouvelle naissance, l’intègre dans l’Église, en lui ouvrant une perspective de vie proprement chrétienne. Le bibliste Andrej Desnickij de Moscou, en se référant à la Vie de Moïse de Grégoire de Nysse, a offert une interprétation biblico-patristique de la vie du prophète comme chemin exemplaire de purification à la recherche de Dieu.

Petros Vassiliadis, professeur de Nouveau Testament à Salonique, en commentant la péricope d’Éphésiens 4,7-13 sur la “pleine maturité du Christ ”, a rappelé que la spiritualité chrétienne doit intégrer l’aspect christologique, thérapeutique et ecclésiologique. L’analyse de la doctrine du progrès spirituel infini, caractéristique de la pensée de Grégoire de Nysse a té confiée au patrologue Andrew Louth, professeur émérite de l’Université de Durham.

Les modèles de développement de la vie spirituelle chez les Pères syriaques, qui distinguent – sur la base de l’apôtre Paul – l’homme « charnel », « psychique » et « pneumatique », ont été analysés par le professeur Sebastian Brock d’Oxford. Symeon Paschalidis, professeur de patristique et hagiographie à Thessalonique, considérant que le terme « parfait » (téleios) indique, dans le Nouveau Testament, l’homme « renouvelé », mûr et bien fondé en christ, s’est arrêté à l’idée de « perfection » pour chaque vocation chrétienne selon la tradition des Pères. Norman Russell (Farnham) a concentré son intervention sur l’Échelle de Jean Climaque au sommet de laquelle se trouve la charité comme but de la vie monastique tout entière et de la vie de ressemblance au Christ.
La tradition monastique occidentale a été présentée par le p. Michel Van Parys, ancien père abbé de Chevetogne et membre du comité scientifique du colloque, qui s’est arrêté sur « l’échelle de l’humilité » de la Règle de saint Benoît ; le p. Metodije Markovi?, higoumène du Monastère Saint Nicolas de Vranje, a proposé quelques réflexions sur le commencement du cheminement monastique, qui est réponse au commandement d’aimer Dieu « de tout son cœur » dans une attitude quotidienne de conversion.

Dans la seconde partie du colloque, les conférenciers ont cherché à mettre en relation la sagesse des Pères avec les interrogations du temps présent.

« Les crises peuvent-elles aider la vie spirituelle ? » s’est interrogé le p. Vassilios Thermos, prêtre grec, psychologue, professeur de théologie sociale à l’Université d’Athènes et expert du rapport entre théologie et psychanalyse. Chaque crise peut être en même temps un risque, aux issues mortifères, et une occasion propice de progrès et de maturation spirituelle ; en particulier l’Église comme espace communautaire devrait être « un laboratoire où les crises peuvent être transformées en voies de salut ».

« Existe-t-il un art de vieillir dans la vie chrétienne ? », s’est demandé Andrei Ple?u, célèbre philosophe et essayiste roumain, qui a également été ministre de la culture et des affaires étrangères de son pays. Ce que la tradition chrétienne a défini comme la « vieillesse » en un sens positif, comme source d’autorité et de magistère spirituel, n’est pas le fruit d’une accumulation purement quantitative d’expériences dues à l’âge avancé, mais représente une qualité qui peut se manifester à tout âge de la vie, dans la mesure où l’on vit le temps comme une « occasion » (kairós), en se situant au-delà du simple flux chronologique, et en maintenant un contact avec les « origines » et la « transcendance » du monde et de la vie.

L’invisibilité de la mort dans le monde contemporain masque également la présence de Dieu : la dimension paradoxale du christianisme réside dans le fait que le Christ a dévoilé le visage de Dieu en mourant comme un homme. C’est une des thèses de John Behr, doyen de Saint Vladimir’s Theological Seminary (New York), qui, en parlant de « Vivre la morte chrétienne », a montré que, pour les chrétiens, la vie naît de la décision de mourir à soi-même, en raison du baptême, en ne vivant plus pour soi mais pour les autres. Cette donation de soi transforme la mort concrète en une manifestation du mystère pascal.

Quelles indications la tradition monastique orthodoxe peut-elle offrir pour les étapes successives de la vie humaine et les âges de la vie spirituelle ? Quel rapport entre le jeune âge et l’élan de la ferveur spirituelle, entre l’âge avancé et le service du prochain, entre la vieillesse et l’espérance chrétienne à travers la maladie et la mort ? Ce sont certaines des questions affrontées au cours de la table ronde consacrée à l’« Espérance chrétienne au cours des âges de la vie » animée par Konstantin Sigov, professeur de philosophie à l’Académie Moghiliana de Kiev, où sont intervenus Vassilios (Karayiannis), métropolite de Constantia-Ammochostos (Chypre), modérateur depuis 2006 de la commission Foi et Constitution du Conseil œcuménique des Églises de Genève ; Athanasios Papathanassiou, théologien athénien, directeur de la revue de théologie Synaxis ; Antoine Arjakovsky, philosophe et théologien, co-directeur depuis 2011 du département « Société, Liberté, Paix » du Collège des Bernardins de Paris.

Apprendre à discerner l’action de l’Esprit à tout âge de la vie signifie aussi ouvrir des chemins d’espérance pour les hommes et les femmes qui affrontent l’expérience de la souffrance et de la solitude : le p. Porphyrios Giorgi, qui enseigne à Balamand, a montré que dans l’enseignement de Grégoire Palamas la doctrine de la divinisation est l’accomplissement de l’humain dans son authenticité. L’Église, lieu de la célébration eucharistique et espace de communion entre les hommes et Dieu, est aussi l’occasion de vivre un temps plein de sens, comme l’a expliqué dans sa conférence de clôture, Le temps dans la vie de l’Église, l’évêque Maxime d’Amérique Occidentale de l’Église orthodoxe serbe (Los Angeles).

Les conclusions du colloque ont été apportées par fr. Adalberto Mainardi, moine de Bose, au nom du comité scientifique.

Dans ses remerciements, fr. Enzo Bianchi a rappelé que le Patriarche œcuménique de Constantinople et d’autre chefs d’Églises orthodoxes ont recueilli l’appel de leur « frère en Christ, François », évêque de Rome à prier et à jeûner pour la paix au Moyen Orient. Et c’est précisément la paix, dans sa portée christologique et dans sa dimension spirituelle, qui a été proposé comme un des thèmes possibles pour le XXIIe Colloque œcuménique de spiritualité orthodoxe, qui se tiendra la première semaine de septembre 2014.

Bose, 9 septembre 2013

comité scientifique

LES ÂGES DE LA VIE SPIRITUELLE 

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